Un étonnant théâtre du pouvoir à huis-clos, par deux puissants comédiens et conteurs africains. De ceux qui expriment le suc d’une langue avec jubilation.
Un histoire inspirée d’un fait réel, texte magnifique de René Zahnd, qui plus est ponctué d’humour, sur les rapports de domination.
Cloîtrés à l'intérieur d'une luxueuse maison de Lausanne – baptisée, quelle ironie, la Villa Paradis ! – par peur d'éventuelles représailles après la chute du dictateur au pouvoir dans leur pays
natal, propriétaire des lieux, les deux gardiens organisent leur survie. Et tentent d'imaginer l'avenir…
Dans une langue ciselée et incisive qui ne manque pas de sel, le texte s'amuse de l'attente des deux hommes, de ce temps détraqué qui s’écoule ou trop vite ou trop lentement à leur gré, au
rythme des vivres et de l’eau qui commencent à manquer, des bouteilles de grand vin qu’on remonte de la cave, des rares sorties pour aller discrètement à l’épicerie du coin…
Peu à peu s'ouvrent entre eux des espaces de paroles et d’aveux. Mis à l’écart du monde, ils s’inventent leur propre réalité : un jeu de miroirs et de masques – ils singent "le Maréchal" à tour de rôle –, un quotidien en perte de repères qui oscille entre le duel et
le duo, habité par l'esprit du tyran manipulateur de leur peuple et de l’Histoire, comme l’a été Mobutu au Zaïre.
Et "c'est cet espace et ce temps enclavés qui donne toute sa force au texte, cette distance entre le monde extérieur, la vie calme d’un quartier en Occident, et les forces qui se nouent et se dénouent à l’intérieur de la villa." souligne Jean-Yves Ruf, dont de récentes mises en scène ont été applaudies au Théâtre de Vidy-Lausanne et aux Opéras de Paris et de Rennes.
Le face-à-face de deux bouffons tragiques, qui illustre avec force une histoire universelle : celle des rapports de force qui règnent au coeur du genre humain.